L’artiste

Né à Paris en 1973, Grégoire Pousset crée un univers où les objets ont pris le pouvoir. Bien que faites de rébus, ses machines semblent tout droit sortir d’une chaîne de montage. A sa manière, il questionne le culte de l’objet neuf produit par une société de consommation et interpelle le spectateur sur sa propre histoire.

Que fait-on de ces objets neufs devenus vieux ? Pourquoi ces objets abandonnés disparaissent ? Objets abandonnés, objets de rébus qui fascinent l’artiste, perdurent et reprennent du sens à travers ses sculptures. Les éléments connus, détournés, assemblés créent un objet inconnu et donnent une âme à ce nouvel élément. D’où lui vient son étincelle créatrice ?

Sculpteur industrieux, il pense avec ses mains. Chez lui, la forme prédétermine la fonction. La fonction s’estompe dans la forme. Ses objets fonctionnent en une machinerie incroyable à la poétique mécanomorphe. A travers la lumière qui clignote, dont le spectateur peut faire varier l’intensité, et les moteurs qui font bouger l’ensemble, la machine prend vie. « Rien n’est gratuit, il n’y a pas d’artifice, pas de décoration, chaque bouton a une fonction, même si l’objet final n’en a pas ». Ses machines sont ludiques et inutiles.

Imprégné des œuvres de Marcel Duchamp et de ses ready-made où les objets usuels sont ironiquement promus œuvres d’art, il s’inscrit dans l’esprit de dérision et de comique. A l’instar de Jean Tinguely, il utilise de vieilles ferrailles vouées au rébus qui vont renaître dans ses sculptures. Ses machines fonctionnent merveilleusement bien, mais elles ne produisent rien, ce qui créer la drôlerie de l’ensemble. Il souhaite « briser la frontière entre art plastique et art appliqué ». Pour lui, les savoirs-faire ancestraux sont aussi importants que les réflexions intellectuelles qui sous-tendent la recherche artistique.

Marqué par la lecture de l’ouvrage du sociologue Jean Baudrillard, Le système des objets, écrit en 1968, il cherche à comprendre comment dans la société de consommation, l’objet a progressivement conquis son autonomie et comment l’homme est devenu spectateur de ses propres objets. Le coup de force conceptuel de Baudrillard consiste à penser que la relation à l’objet se trouve elle-même prise dans le mouvement général de la consommation. Si bien que la relation « se consomme », au sens de « s’achève ». L’objet devenu rebus est jeté. Et dans cet achèvement se trouve la source du besoin sans cesse renaissant et croissant de la reproduction du mouvement de la consommation. Grégoire Pousset interroge le rapport à l’objet, sa représentation, sa réalité, tout ce qui est fantasmé autour de l’objet. L’objet a toujours une fonction précise. Le sculpteur la remet en cause.

Le rêve de Grégoire Pousset ? « Un ballet de machines, un théâtre où chaque objet divaguerait dans une fonction suffisamment floue pour laisser intervenir le hasard ».